Nichée à 1 600 mètres d’altitude, la station de ski de Guzet, en Ariège, a longtemps été l’un des joyaux familiaux des Pyrénées. Mais ses pistes pourraient bientôt tomber dans le silence : selon un rapport climatique publié par Météo-France et l’Office du tourisme régional, la station pourrait ne plus être viable d’ici 2030 faute d’enneigement suffisant.
Depuis plusieurs hivers, la neige arrive de plus en plus tard, fond plus vite et couvre une superficie de plus en plus réduite, mettant en péril l’économie locale, très dépendante du tourisme hivernal.
« On a vécu deux saisons de suite avec moins de 30 jours skiables, du jamais vu », confie Lucien Arnal, moniteur de ski depuis 25 ans à Guzet.
« Si ça continue, on ne pourra plus ouvrir les pistes chaque hiver. »
Une station menacée par le réchauffement climatique
Située dans les Pyrénées centrales, Guzet bénéficie d’une exposition plein nord et d’une altitude modeste, autrefois suffisante pour garantir un bon enneigement.
Mais depuis dix ans, la station subit de plein fouet les effets du réchauffement climatique, avec une hausse moyenne de +1,8 °C des températures hivernales et une chute de 40 % de l’enneigement naturel selon le rapport.
Les canons à neige, longtemps présentés comme une solution, ne peuvent plus fonctionner en début de saison car les températures sont trop douces pour produire de la neige artificielle.
Les signes les plus alarmants relevés par les experts :
- Diminution drastique du nombre de jours d’enneigement continu
- Saisons de ski raccourcies de deux à trois semaines en dix ans
- Épisodes de pluie fréquents même en plein mois de janvier
- Coûts d’entretien des pistes et des remontées de plus en plus élevés
- Perte progressive de clientèle vers des stations plus hautes
« On ne parle plus de mauvaises saisons isolées, mais d’une tendance structurelle irréversible », explique Carole Delsol, climatologue à l’Université de Toulouse.
« À cette altitude, la neige deviendra un événement exceptionnel d’ici 2030. »
Les chiffres qui inquiètent
| Indicateur | Situation actuelle (2024) | Projection 2030 |
|---|---|---|
| Altitude moyenne des pistes | 1 600 m | — |
| Nombre moyen de jours avec neige | 42 jours / an | 15 à 20 jours / an (estimés) |
| Température moyenne en hiver | -0,5 °C | +1,3 °C |
| Taux d’occupation en février | 78 % | <50 % (prévision) |
| Part du tourisme d’hiver dans l’économie locale | 65 % | <30 % |
Ces prévisions menacent directement les emplois saisonniers (moniteurs, hôteliers, restaurateurs, techniciens) qui font vivre la vallée. La mairie estime qu’un tiers des familles locales dépend directement ou indirectement de la station.
Des tentatives de reconversion en urgence
La communauté de communes a lancé plusieurs projets pour tenter de diversifier les activités hors neige, afin de maintenir une activité touristique toute l’année.
Les pistes pourraient être transformées en parcours de VTT, sentiers de randonnée ou parcours nature, tandis que les bâtiments d’accueil seraient réaménagés en centre de séminaires et de stages sportifs estivaux.
Les mesures envisagées :
- Création d’un bike park en été pour attirer les vététistes
- Développement de randonnées guidées et d’ateliers nature pour les familles
- Organisation d’événements culturels et sportifs hors saison hivernale
- Conversion partielle des hébergements en résidences de tourisme quatre saisons
- Mise en place de navettes électriques vers d’autres stations plus enneigées
« On ne veut pas attendre l’effondrement total pour agir », assure Marion Cazal, présidente de l’office de tourisme.
« On sait qu’on ne pourra plus vivre uniquement du ski, alors on prépare l’après dès maintenant. »
Mais ces projets restent conditionnés à des financements régionaux et européens encore incertains.
Les habitants, partagés entre nostalgie et lucidité, redoutent de voir disparaître le symbole de plusieurs générations, cette station qui a façonné leur quotidien pendant plus de cinquante ans.
« J’ai appris à skier ici, mes enfants aussi… Ça fait mal d’imaginer que tout ça pourrait s’arrêter », souffle Lucien Arnal, en regardant les pentes nues où l’herbe a remplacé la neige en plein mois de février.
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