Le tourisme ne change pas, il se transmute. Bientôt, on estime que d’ici 2040, le modèle industriel basé sur l’exploitation volumétrique et linéaire des ressources sera obsolète. Nous sommes confrontés à une « tempête parfaite » où la révolution technologique, la conscience sociale et l’urgence environnementale convergent pour exiger un nouveau récit organisationnel de la part des entreprises et des destinations.
La feuille de route pour une telle métamorphose pourrait être résumée dans les aspects suivants :
1. Le nouveau voyageur : du « touriste » au « gardien »
Le marché sera dirigé par les Climate Natives (générations Z et Alpha), pour qui la durabilité n’est pas une option marketing, mais une exigence éthique de survie. Donc:
*En ce qui concerne vos motivations, les voyages ne seront plus une simple évasion de la routine, mais plutôt une recherche d'un but (ou d'une combinaison de buts). Le nouveau voyageur cherchera à se régénérer : laisser le lieu meilleur qu'il ne l'a trouvé.
*Au niveau de leur comportement, ces voyageurs vérifieront la traçabilité éthique de chaque prestation. Si une entreprise ne démontre pas un équilibre avec son écosystème, celui-ci n’existera tout simplement pas pour elle.
2. Technologie et intelligence : le système d'exploitation du destin
La technologie ne sera plus un outil de réservation et de marketing, mais deviendra le tissu constitutif de l’expérience de voyage. Deux points à souligner à cet égard :
*Intelligence collective. Grâce à des technologies telles que l'intelligence artificielle (IA) et l'organisation autonome décentralisée (DAO), la gestion de l'expérience sera dynamique et transparente.
*Le Servitisation. La devise sera « utiliser au lieu de consommer ». La technologie facilitera l’accès aux ressources sans qu’il soit nécessaire de les épuiser, en donnant la priorité à l’économie circulaire.
3. Des destinations sujets vivants
La destination ne sera plus un « scénario » pour être reconnue comme une entité à part entière, l'accent étant mis sur :
*Symbiose locale. Le succès ne sera pas mesuré en lits occupés, mais par un indice de bien-être social.
*Capacité de charge réelle. Les limites biophysiques du territoire dicteront la stratégie, soutenue par des capteurs et l'Internet des objets (IoT) qui surveillent la santé de l'écosystème en temps réel.
4. Gouvernance : la recherche de l’harmonie comme moteur
La gestion du futur nécessite des organisations qui recherchent non seulement le profit, mais aussi la diffusion harmonieuse du bien-être. Pour ce faire, il faudra appliquer :
*Double rythmes. L'excellence viendra en sachant combiner la vitesse technologique avec la pause de réflexion et d'écoute approfondie.
*Un leadership distribué. Les décisions ne seront plus prises dans des bureaux fermés et « en petit comité », mais dans des structures de partage du pouvoir où l'habitant sera copropriétaire du modèle de développement touristique.
La métamorphose annoncée, qui ne permet pas aux spectateurs, a déjà commencé, avec des phénomènes tels que le tourisme régénératif et social (plus sensible à la saturation et avec une plus grande conscience environnementale et sociale), les « coolcations » (liées aux rigueurs du climat), les décisions d'achat (et la segmentation du marché qui en résulte) basées sur les humeurs, le touriste hyper-informé (du nouveau au super-expérimenté), l'identité biométrique, la réalité virtuelle pour stimuler l'avant-voyage et la réalité augmentée pour enrichir l'expérience pendant celui-ci, les nouvelles destinations. (ou « hotspots ») qui émergeront du fait de la déconcentration et de la désaisonnalisation des flux touristiques, etc. Tout cela fait son chemin et va s'intensifier dans les années à venir.
Le leadership au cours de la prochaine décennie ne sera pas mesuré par la capacité à commercialiser une destination, mais par la capacité à la gérer. Garder signifie ici quelque chose de bien plus ambitieux que protéger : il s'agit d'orchestrer des entreprises et des destinations harmonieuses capables de régénérer l'environnement, de garantir le bien-être des communautés et de fonctionner avec une éthique radicale. C'est le passage définitif de l'exploitation à la garde du territoire.
Votre organisation est-elle prête pour ce changement de discours ? Lequel de ces piliers (technologique, social ou environnemental) représente aujourd’hui votre plus grand défi pour parvenir à la nécessaire harmonie interne et externe ? Continuons la conversation dans les commentaires.
Note: Les articles antérieurs publiés dans cette même Communauté peuvent être consultés pour approfondir les aspects prospectifs du tourisme et les notions d'entreprise/destination harmonieuse.
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