Sur la côte, on vient souvent chercher une falaise blanche, une lumière changeante et le bruit des galets sous les vagues. À Étretat, ce décor se partage parfois au coude à coude. Un peu plus au nord, une autre station offre une scène proche, avec un supplément inattendu : une rangée entière de façades roses, vertes, jaunes et bleues tournées vers la Manche.

Ici, pas d’arche rocheuse devenue symbole mondial. Le spectacle naît de la rencontre entre la craie, la mer et près de 500 villas serrées sur le front de mer et dans les rues voisines. Chaque balcon, chaque bow-window et chaque céramique semble vouloir attirer le regard avant la maison d’à côté.

Cette station s’appelle Mers-les-Bains, dans la Somme, à la limite de la Normandie. Avec Le Tréport et Eu, elle forme le trio des Villes Sœurs. Son quartier balnéaire se découvre facilement à pied, sans circuit compliqué ni longues distances entre les points d’intérêt.

Un front de mer né avec le train

Mers n’a pas toujours eu cette silhouette théâtrale. Au XIXe siècle, la mode des bains de mer attire une clientèle urbaine sur les côtes de la Manche. L’arrivée du train reliant Paris au secteur du Tréport accélère le mouvement : les séjours deviennent plus courts, les week-ends possibles, et construire face à l’eau devient une manière d’afficher sa réussite.

Les parcelles du nouveau quartier sont souvent étroites. Les propriétaires compensent en faisant bâtir en hauteur. Voilà pourquoi tant de maisons présentent des façades minces, plusieurs étages, de grands balcons et des fenêtres avancées pour gagner la meilleure vue possible. La contrainte a créé le style.

Aucune villa ne semble avoir reçu l’ordre de ressembler à sa voisine. On repère des influences Art nouveau, des décors floraux, des colombages, des briques vernissées et des motifs géométriques. Des noms apparaissent encore sur certaines façades, comme de petites signatures familiales. Mieux vaut marcher lentement : les détails les plus amusants se trouvent souvent sous une corniche ou autour d’une fenêtre.

Les falaises ne sont pas un simple arrière-plan

À l’extrémité de la promenade, les maisons s’arrêtent presque brutalement devant une muraille de craie. Les falaises approchent les cent mètres et prolongent le paysage de la côte d’Albâtre. La plage, longue d’environ un kilomètre, est couverte de galets à marée haute; du sable apparaît lorsque la mer se retire.

Depuis le bord de l’eau, le contraste est saisissant. D’un côté, les façades ouvragées racontent les débuts du tourisme balnéaire. De l’autre, la falaise paraît nue, verticale et bien plus ancienne. Les jours de ciel couvert, la craie prend des nuances grises. Au soleil du soir, elle renvoie une lumière douce sur les villas.

Un chemin permet de prendre de la hauteur près de la statue de Notre-Dame. La montée demande de bonnes chaussures et un peu de souffle, mais le panorama récompense l’effort : Mers se déploie au pied de la falaise, Le Tréport apparaît de l’autre côté de la Bresle, et la côte file vers Ault. Il faut rester sur les itinéraires autorisés et se tenir à distance du bord, car la craie s’érode et peut s’effondrer.

La promenade à faire au bon rythme

Le meilleur départ se situe sur l’esplanade, face aux villas. Plutôt que de vouloir tout photographier immédiatement, il est agréable d’effectuer un premier passage côté mer, pour saisir l’ensemble. Au retour, on longe les façades. Cette deuxième lecture révèle les ferronneries, les carreaux colorés et les différences de hauteur.

Pensez ensuite à entrer dans les rues perpendiculaires. Le décor ne s’arrête pas à la première ligne. Certaines maisons moins exposées au vent ont conservé des ornements très fins, et l’ambiance devient plus résidentielle en quelques pas. Le quartier ressemble à un catalogue d’architecture sans vitrines, mais il reste habité : portes, perrons et fenêtres doivent être observés sans empiéter sur l’intimité des occupants.

La lumière du matin convient aux façades et aux promenades calmes. La fin de journée met mieux en relief la falaise et la mer. À marée basse, la plage paraît plus large; à marée haute, le bruit des galets roulés par les vagues donne au front de mer son ambiance la plus sonore. Consulter les horaires de marée avant de partir aide à choisir le visage que l’on souhaite voir.

Quelques repères pour une journée sans foule

Mers-les-Bains reste plus tranquille en semaine, au printemps et en septembre. En été, arriver avant la fin de matinée permet de stationner plus facilement et de profiter de l’esplanade avant le déjeuner. Le vent peut être frais même sous un ciel clair; une couche supplémentaire trouve vite son utilité.

  • Prévoir des chaussures stables pour les galets et la montée vers la falaise.
  • Respecter les barrières et ne pas s’installer au pied des parois crayeuses.
  • Garder du temps pour traverser vers Le Tréport ou rejoindre Eu, plutôt que de tout concentrer sur la plage.
  • Observer les villas à l’œil nu avant de sortir le téléphone : les détails se perdent vite derrière l’écran.

Cette destination ne cherche pas à copier sa célèbre voisine normande. Elle propose autre chose : un paysage où l’architecture fait jeu égal avec la falaise. On vient pour la mer et l’on repart souvent avec le souvenir précis d’une fenêtre turquoise, d’un balcon courbe ou d’un nom peint au-dessus d’une porte.

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