Il y a quelques jours s'est tenue une session du cycle de conférences organisé par Hotusa sous le titre « Le tourisme, l'industrie du bonheur ». La particularité de cette session est qu'elle a été dirigée par deux hommes politiques qui ont occupé des postes très importants dans la vie publique espagnole, dans des gouvernements de différents types, la Vice-présidence du gouvernement et le ministère des Affaires étrangères. Ce fait mérite quelques commentaires avant d'entrer dans le contenu de son intervention.

Tout d’abord, les intervenants étaient deux femmes, ce qui est déjà devenu courant et, peut-être pour cette raison, pas remarquable, mais qui témoigne de manière très pertinente du profond changement qu’a connu la société espagnole au cours des dernières décennies.

Deuxièmement, il s’agit de deux personnalités publiques qui ne vivent pas de la politique, mais dont le passage dans la vie publique n’est qu’une autre étape, c’est-à-dire qu’ils ont eu un passé et un avenir en dehors de la politique. Leur « cursus » et leur parcours professionnel sont un bon exemple qui les éloigne de tant de profils politiques dont le mérite est pour le moins discutable et dont la carrière se limite à leurs aventures dans tel ou tel parti politique.

Une autre observation, que certains pourraient légitimement qualifier de malveillante, consisterait à s'interroger sur la contribution des enseignants au tourisme à l'époque où ils exerçaient des responsabilités publiques. Il est également légitime de penser que la méconnaissance de cette contribution n’est pas due à son inexistence mais à la méconnaissance du commentateur. En tout cas, votre intérêt actuel pour le tourisme est très apprécié.

Enfin, et c'est ainsi que se terminent les considérations précédentes, on attire l'attention sur la présence nombreuse à cette conférence de personnalités politiques, plus rares dans d'autres de la série, dont on peut penser qu'elles étaient dues plus à la personnalité des orateurs qu'au but de la séance, et qui, par conséquent, et c'est une autre malice (et il y en a deux), était basée sur des raisons d'amitié ou de prévoyance pour l'avenir, ce qui n'est jamais connu.

Et il est temps d'aborder le contenu des interventions des intervenants. Il faut reconnaître que les thèmes abordés, dans les domaines des conditions géopolitiques de l'activité touristique et de la définition d'une stratégie politique du tourisme, étaient du plus grand intérêt et rattachés à l'actualité la plus brûlante. L'introduction du modérateur, directeur d'une publication économique, était particulièrement appropriée pour souligner le paradoxe de générations qui n'ont pas servi dans la perspective d'un monde en paix, et que cet espoir est frustré par une situation caractérisée par l'existence chronique de multiples conflits et guerres.

La situation actuelle est définie par l’incertitude, la perte de la sécurité et de l’équilibre mondial. Il n’y a plus deux centres de pouvoir mais plusieurs. C'est un monde très fragmenté et plus dangereux. Ce n’est pas un monde réglementé, même dans ses formes. La Chine a une vision à long terme et la situation des États-Unis est déterminée par le surendettement, dont le gouvernement répercute la correction sur d'autres pays. La situation en Europe est très complexe et nécessite une vision à long terme. L’Europe est toujours en retard et doit adopter des mesures puissantes pour une plus grande intégration de ses membres : un marché unique incluant la finance, l’énergie, la défense et la technologie. L’Europe a ses atouts : sa capacité de régulation, particulièrement importante à l’heure où la puissance technologique de l’intelligence artificielle concentrée dans quelques entreprises et le droit de gouverner les nations sont en conflit ; le fait d'être l'un des plus grands marchés mondiaux ; ne pas être seul en raison des réticences de nombreux pays à rejoindre l’orbite chinoise ou nord-américaine, et de sa capacité à diversifier ses alliances avec des zones d’intérêt comme le Mercosur.

Les questions non seulement mondiales mais aussi nationales ont été abordées, soulignant l'importance de maintenir la solidité et la fiabilité des institutions et de garantir la stabilité du cadre réglementaire, facteurs fondamentaux pour l'équilibre et le progrès économiques et sociaux. L'opportunité de réindustrialiser l'Espagne a également été débattue, même s'il a été souligné que des secteurs tels que les services et le secteur primaire, l'agriculture ou la biochimie ont connu un grand développement grâce à leur compétitivité internationale.

Enfin, des questions spécifiquement touristiques ont été abordées, en particulier l'effort continu en faveur de la qualité et de la compétitivité de notre offre touristique, ainsi que la commodité d'abandonner des stratégies trompeuses telles que l'estimation que la perception d'être une destination sûre suffit face aux difficultés temporaires d'autres destinations.

Bref, cette séance a apporté une vision globale de l'activité touristique et des facteurs exogènes qui la conditionnent. Plus cette approche progresse, plus grande est la garantie que notre tourisme relèvera les défis que pose la situation mondiale et pourra poursuivre sa réussite.

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