Nous parlons d'une des grandes infrastructures sociales, économiques et culturelles du pays.
Bars, cafés, restaurants, terrasses et marchés gastronomiques constituent un authentique réseau de cohésion sociale, d'identité culturelle, d'activité économique et de compétitivité touristique.
Parce que le véritable différentiel de compétitivité de l'Espagne réside probablement dans quelque chose de beaucoup plus difficile à reproduire : notre façon de vivre.
L'hospitalité au quotidien.
Vie partagée.
La capacité de convertir l’expérience sociale en valeur économique et de réputation.
Peu d’activités expliquent mieux la relation entre le tourisme et la société que l’hospitalité. L'identité culturelle, l'emploi, la coexistence, l'expérience de destination et le développement économique local y convergent.
L'Espagne compte plus de 300 000 établissements d'hôtellerie et de restauration et le secteur génère environ 1,8 million d'emplois directs, selon les données d'Hospitality of Spain. Mais au-delà des chiffres, sa grande force en est une autre : répartir l'activité économique, l'emploi et la vie sociale sur l'ensemble du territoire.
Et c’est précisément là qu’apparaît l’un des grands débats en cours sur l’avenir du tourisme espagnol.
L’hôtellerie représente probablement cette interdépendance mieux que tout autre secteur.
Car un bar dépend du tourisme, oui, mais aussi de la réglementation, de la fiscalité, du coût de l'énergie, de la formation, de la mobilité urbaine ou de l'accès au logement pour les travailleurs.
Penser le tourisme de manière holistique signifie comprendre que la compétitivité du tourisme ne se joue pas seulement dans les campagnes promotionnelles, mais aussi dans la qualité intégrale de l'écosystème économique et social qui soutient à la fois l'expérience du visiteur et la vie du résident.
Et dans cet écosystème, l’industrie hôtelière occupe une place centrale.
La gastronomie est en effet devenue l’un des principaux moteurs des dépenses touristiques internationales. Le voyageur d'aujourd'hui ne cherche plus seulement à visiter des lieux ; cherche à vivre le destin.
Et l’Espagne dispose d’un énorme avantage compétitif : sa gastronomie fonctionne comme une expérience quotidienne, accessible et profondément liée à l’identité locale.
Cela multiplie sa capacité à générer de la valeur.
De plus, l’hospitalité relie l’agriculture, la pêche, le commerce local, l’industrie agroalimentaire, la culture, la tradition, la créativité et l’innovation. Et cela contribue directement à trois objectifs stratégiques majeurs du tourisme espagnol : la désaisonnalisation, la diversification et la déterritorialisation.
Saisonnalité, car l'expérience gastronomique génère de l'activité tout au long de l'année.
La diversification, car elle élargit la valeur ajoutée de la destination en intégrant la culture, le bien-être et l'expérience sociale.
Et la déterritorialisation, car elle permet de redistribuer les flux touristiques vers des communes et des territoires moins saturés.
Dans les zones rurales d’Espagne notamment, les bars remplissent également des fonctions de cohésion communautaire difficiles à remplacer. Ce sont des espaces de coexistence, de rencontre et de vie collective.
Lorsqu’une ville perd son bar, elle perd rarement un seul commerce.
Vous perdez une partie de votre vie sociale.
Or, préserver cette valeur ne signifie pas l’immobilité.
La grande question stratégique n’est pas de savoir si l’industrie hôtelière espagnole doit se transformer, mais comment y parvenir sans détruire précisément ce qui la différencie.
Et là apparaît l’un des concepts clés de l’avenir du tourisme européen : une durabilité rentable.
Il n’y aura pas de transformation durable sans entreprises durables.
Mais cela nécessite également de comprendre que la compétitivité du tourisme ne peut être dissociée des politiques de logement, d’infrastructures, de mobilité ou de connectivité.
En bref, il s'agit d'évoluer d'un modèle basé uniquement sur le volume à un modèle basé sur la valeur, la productivité et la durabilité à 360º : économique, sociale, environnementale et technologique.
La bonne nouvelle est que l’Espagne démarre avec un avantage extraordinaire.
Alors que de nombreuses destinations tentent de fabriquer artificiellement l’authenticité, l’Espagne a encore quelque chose d’authentique : la vie partagée.
Ce truc qui se passe autour d'un bar et d'une table.
Cela fait de l’industrie hôtelière bien plus qu’un secteur économique.
Cela en fait l’une des grandes infrastructures sociales du tourisme espagnol.
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