Tout d’abord, une précision préliminaire. À première vue, il peut paraître étrange qu'Hosteltur publie un avis élogieux de sa propre initiative. Pour cette raison, je tiens à préciser que je suis un simple collaborateur sporadique en dehors de cette maison et, en même temps, désintéressé, puisque mes contributions sont publiées dans la Communauté.
Après avoir apporté cette précision, je tiens à féliciter chaleureusement Hosteltur et Manuel Molina pour l'attention qu'ils ont portée dans la XXIe édition du Forum à la relation entre géopolitique et tourisme, à laquelle ils ont consacré deux sessions avec de magnifiques présentations. Cet enthousiasme pour l’attention portée à cette question reflète peut-être une frustration personnelle. Durant mon mandat de secrétaire de l'Office espagnol du tourisme, j'ai essayé à plusieurs reprises de faire aborder cette question lors des assemblées que l'Office organise périodiquement. Si cela n’a pas été possible, ce n’est pas faute de soutien interne. Le président de l'époque, Abel Matutes, compte tenu de sa carrière non seulement dans les affaires mais aussi en tant qu'ancien ministre des Affaires étrangères de l'Espagne et membre de la Commission de l'Union européenne, était pleinement conscient de l'importance que les menaces géopolitiques représentent pour l'activité touristique. Si l'initiative n'a pas abouti, c'est à cause du manque de réponse des instances politico-administratives vers lesquelles nous nous sommes tournés pour nous donner une voix faisant autorité sur cette question. Dans l'étape actuelle de la Table ronde, une contribution très intéressante a été apportée par l'ancien directeur du journal ABC et actuellement responsable du programme d'information Cope Afternoon, qui, sans être exclusivement axé sur la géopolitique, a abordé des situations spécifiques récentes dans lesquelles les conflits internationaux ont impacté le tourisme.
Dans des situations normales, l’activité touristique s’est concentrée sur ses propres questions critiques qui affectent son développement : connectivité, rentabilité, durabilité, compétitivité, prix, qualité. Lorsque le panorama international se complique, c’est lorsqu’il devient évident que des composantes exogènes telles que la géopolitique ont un impact direct sur le tourisme. Sans revenir sur des situations historiques comme les conflits au Moyen-Orient et leur impact sur l'approvisionnement en pétrole brut, on voit aujourd'hui comment l'attaque russe contre l'Ukraine et le système de sanctions européennes contre l'agresseur ont obligé les compagnies aériennes européennes à modifier leurs routes tandis que les compagnies asiatiques ont pu continuer à utiliser l'espace aérien russe. Le trafic de marchandises, d'affaires et de tourisme ne s'est pas arrêté, mais la compétitivité des compagnies aériennes européennes a été mise à mal.
Le conflit actuel au Moyen-Orient affecte le tourisme de multiples manières. Premièrement, le tourisme a disparu dans les pays directement ou indirectement impliqués et a diminué dans ceux proches de la zone de conflit. Cela a également aggravé le problème des routes aériennes, qui ont été contraintes d’éviter l’espace aérien concerné. Et bien sûr, plus important encore, cela affecte l’approvisionnement en carburant aérien, non seulement en termes de prix, mais, plus important encore, en termes de sécurité de disponibilité du kérosène. De nombreuses institutions politiques, comme la Commission européenne, ont pointé ce risque. Certaines compagnies aériennes ont déjà annoncé qu'elles pourraient être contraintes d'interrompre leur activité en raison du manque d'approvisionnement, ou, du moins, de la réduire en annulant les liaisons les moins rentables, en raison de l'augmentation des prix du carburant. Il peut même y avoir des compagnies aériennes qui ne seront peut-être pas viables une fois écoulée la période, variable pour chaque compagnie, pour laquelle elles ont pu garantir un prix fixe. Il est vrai que le marché réagit avec une grande flexibilité en recherchant et en trouvant des sources alternatives de pétrole brut et de kérosène. L'Espagne est dans une situation moins compromise puisque 80 % de ses besoins en kérosène sont couverts par la production des raffineries nationales, dont certaines, comme Repsol, ont même annoncé qu'elles allaient augmenter de 25 % leur production de carburant aviation.
Parallèlement à cet impact immédiat du conflit s’ajoutent ses répercussions sur l’économie mondiale et, par conséquent, sur la capacité de dépenses des sociétés des pays émetteurs de tourisme et sur leur prédisposition à consommer du tourisme dans une situation où il est inévitable que les prix et l’inflation augmentent. Tout cela indépendamment de l’opportunité qu’offre chaque crise et qui, dans ce cas précis, se matérialiserait par la perception que l’Espagne est une destination sûre. Mais c'est une consolation précaire et temporaire.
Dans les présentations du Forum Hosteltur consacrées à ce sujet, les scénarios possibles vers lesquels le conflit pourrait évoluer ont été présentés. Je ne vais pas les rassembler ici puisqu'ils ont fait l'objet d'un article très complet de Xavier Canalís dans la revue
Ce qu’il me semble important de souligner, c’est que la géopolitique a finalement été reconnue comme une question transcendantale pour l’évolution du tourisme et, par conséquent, nécessite une attention et un suivi bien plus dédiés que ceux qui ont été accordés jusqu’à présent. Cela permettra au secteur du tourisme d'être mieux préparé à faire face à ces situations de crise et de continuer à offrir des réponses efficaces pour les surmonter avec le minimum de dégâts possible, en suivant le parcours de succès qui a marqué son histoire.
★★★★★
