Le volume élevé de voyages pendant la Semaine Sainte n’est pas une coïncidence. Elle répond à une combinaison de facteurs sociaux, culturels et structurels qui favorisent la concentration des voyages sur une même période.
Pâques est l'une des rares périodes de l'année où coïncident vacances scolaires, vacances professionnelles et ponts. Pour cette raison, le flux de voyageurs est probablement le plus important de l’année, tant en termes de temps que d’espace. Dans des pays comme l’Espagne, voyager à ces dates est entièrement normalisé. De plus, la Semaine Sainte elle-même combine les traditions locales (processions et événements), le tourisme interne et les réunions de famille qui se déroulent simultanément, configurant une fenêtre commune de temps libre.
Cette motivation sociale rend très difficile, voire impossible, de désaisonnaliser ces dates et d'éviter une forte concentration de personnes au cours d'une même période.
À cela s’ajoute que, même si ces dates coïncident souvent avec des pluies dans de nombreuses régions du pays, elles marquent également le début du printemps. L’augmentation des températures rend plus attractifs les déplacements vers les milieux naturels et les petites communes, que ce soit comme motivation principale ou secondaire.
On trouve également un nombre important de voyageurs qui séjournent dans des résidences secondaires ou familiales. Cela implique qu'ils ne génèrent pas de dépenses d'hébergement, mais qu'ils consomment de l'espace et utilisent des services, tant publics que touristiques. Tout cela, ajouté au tourisme conventionnel, provoque une saturation notable – ce qu’on appelle communément la surpopulation – un phénomène récurrent depuis des décennies et qui ne cesse de s’accentuer.
En fin de compte, le problème réside dans le modèle de destination touristique et dans sa gestion public-privé qui, dans de nombreux cas, brille par son absence, notamment dans les zones rurales. Il convient de souligner qu'une marque, un slogan ou une image n'implique pas nécessairement l'existence d'une destination touristique structurée ; Souvent, ils sont plutôt une manifestation de ce manque de gestion.
Si l’on cherche véritablement à obtenir la meilleure rentabilité possible, tant pour la destination que pour ses acteurs locaux, notamment les entreprises, il faut dans un premier temps s’engager dans la construction de destinations efficaces, c’est-à-dire durables.
Quand la nature inspire le modèle de gestion touristique
Il existe une tendance générale à penser que les ressources doivent être adaptées au tourisme et que le tourisme se construit sur cette base. Cette approche conduit, dans de nombreux cas, à la détérioration de ces ressources, en les considérant à tort comme infinies. Lorsque la gestion n’intègre pas de critères de qualité et une vision de l’avenir, la destination peut finir par dégrader ses atouts, voire les perdre, compromettant sa propre viabilité.
Ne serait-il pas plus intelligent d'adapter le tourisme à la nature, plutôt que la nature au tourisme ?
Ce débat, même s’il n’est pas nouveau, reste entier car rarement évoqué de manière structurée. Justement, ce sera l'un des axes de discussion du JDécorations d'écotourisme et de tourisme de nature que les jours seront célébrés 8 et 9 avril dans la Réserve de Biosphère de Redes (Asturies). Lors de cette réunion, différentes approches seront abordées visant à garantir que le tourisme devienne un facteur positif pour l'environnement naturel, dont il dépend directement et indirectement.
Ce problème est particulièrement accentué pendant les périodes de vacances comme Pâques, car il révèle des lacunes dans la planification, une mauvaise vision stratégique et la persistance de l'idée que les problèmes seront résolus par l'inertie.
De même, même dans les destinations conventionnelles – qu’elles soient urbaines ou côtières – bon nombre des problèmes actuels, fortement exacerbés par le changement climatique (dont les impacts ne feront que s’intensifier), pourraient être résolus plus efficacement grâce à des solutions fondées sur la nature.
Il est nécessaire de repenser la stratégie : construire la destination à partir de ses fondations, en définissant d'abord qui l'habitera et avec quels objectifs, en la concevant en conséquence – comme le ferait un architecte – et en évitant de commencer par le toit qui, bien qu'il soit le plus visible, devrait toujours être la dernière chose à construire.
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