La mise en œuvre en Espagne du soi-disant « registre unique » des locations à court terme a montré, dès le début, des problèmes d'approche, de conception et de gouvernance. Au lieu de profiter de l'opportunité offerte par le règlement (UE) 2024/1028 pour évoluer vers un système basé sur des données fiables et une coopération institutionnelle, le gouvernement a opté pour une voie unilatérale qui a généré une insécurité juridique, des duplications administratives et des conflits inutiles avec les communautés autonomes.

Cette approche a donné lieu à des recours contentieux-administratifs devant la Cour suprême de la part de plusieurs communautés autonomes – parmi lesquelles l'Andalousie, la Communauté valencienne, les îles Canaries et la Région de Murcie – en raison du risque certain de duplication des actes et d'une éventuelle invasion des pouvoirs régionaux. Il ne s’agit pas de divergences politiques temporaires, mais plutôt d’objections juridiques fondamentales quant à l’adéquation du modèle espagnol à la répartition des pouvoirs et aux principes de la réglementation européenne.

L'origine de cette duplicité réside dans la décision de transférer l'accès à l'information sur les unités d'hébergement à un acteur extérieur à l'écosystème touristique, comme le Collège des Conservateurs, au lieu de l'articuler à travers les autorités compétentes en matière de gestion touristique. Cela oblige les administrations régionales à signer des accords spécifiques pour accéder aux données qui devraient transiter directement par un guichet unique interopérable, introduisant des barrières supplémentaires sans améliorer l'efficacité du contrôle.

Ces objections ont été formellement transmises au gouvernement espagnol, mettant en garde contre le risque d'utiliser des instruments liés au tourisme comme substitut à une politique nationale du logement qui n'apporte pas de résultats. Il a été averti qu'il est plus facile de rechercher les coupables dans le tourisme que de mettre en œuvre rigoureusement une politique efficace de logement public.

Les données partagées par le ministère du Logement lui-même avec les communautés autonomes ont rapidement confirmé ces avertissements. Dans certains territoires, jusqu'à 90 % des numéros révoqués correspondaient à des résidences de tourisme dûment autorisées. Ces révocations ne répondaient pas au non-respect de la réglementation touristique, mais à des causes étrangères à la réglementation du secteur, comme l'enregistrement ou des incidents cadastraux.

L’effet pratique a été la conversion artificielle de l’offre légale en offre prétendument irrégulière par le biais d’un registre sans rapport avec la réglementation du tourisme, pénalisant ceux qui respectent la réglementation, paient des impôts et génèrent des emplois, tandis que des itinéraires moins contrôlés persistent.

Ces avertissements ont été reflétés dans la Déclaration de Séville, du 23 octobre 2025, signée par treize communautés autonomes, qui appelait à séparer clairement le débat sur l'accès au logement du développement touristique et mettait en garde contre le risque de faire du tourisme le coupable de l'échec d'une politique nationale efficace du logement.

Dans ce contexte, la récente déclaration de la Commission européenne dans le cadre de la procédure TRIS, le mécanisme de contrôle préventif de compatibilité avec le droit de l'Union, est particulièrement pertinente. La Commission rappelle qu'un logement en location de courte durée ne peut faire l'objet de plus d'une procédure d'immatriculation lorsqu'une procédure obligatoire existe déjà et fixe au 20 mai 2026 la date limite pour éliminer tout dédoublement administratif incompatible avec le droit européen.

L’Europe ne remet pas en question la régulation ou le contrôle des locations de courte durée, mais plutôt l’option politique consistant à remplacer la coordination et l’interopérabilité par l’accumulation de dossiers. La réglementation européenne est claire : il ne peut y avoir qu'une seule procédure d'enregistrement par foyer. Sur la base de ce principe, ce que défendent les territoires et le secteur, c'est un guichet unique d'échange de données soutenu par les registres régionaux qui autorisent et contrôlent déjà l'activité, et non un registre étatique parallèle avec des exigences supplémentaires sans justification réglementaire.

Suite à cette déclaration, la Fédération espagnole des associations d'habitations et d'appartements touristiques (FEVITUR) a exprimé une position critique, soulignant que le modèle a été conçu sans accord avec les territoires ou les opérateurs concernés et qu'il provoque une expulsion injustifiée de l'offre légale, avec un impact direct sur les petits propriétaires et les sociétés de gestion.

À cela s’ajoute une asymétrie réglementaire qui favorise la fraude. Alors que la commercialisation de logements touristiques légaux est bloquée, la publicité est autorisée sur les plateformes d'hébergement couvertes par des numéros de location saisonnière qui, en pratique, développent l'activité touristique.

Tout cela génère des dommages économiques directs sans preuve d’amélioration effective de l’accès au logement et déplace le centre du véritable problème : l’échec de la loi nationale sur le logement et une politique publique incapable d’augmenter l’offre résidentielle. Le tourisme devient ainsi le bouc émissaire du manque de résultats en matière de logement.

Il existe cependant des alternatives qui démontrent qu’il est possible de réglementer avec rigueur grâce au dialogue institutionnel et à la coopération entre administrations. Le modèle d'Ibiza, basé sur une collaboration loyale entre les administrations, le secteur et les plateformes numériques, a permis d'avancer dans le contrôle de l'offre illégale et dans l'organisation de l'activité sans détruire l'offre légale ni générer d'insécurité juridique.

Bref, le problème n'est pas le tourisme, mais un mode de gouvernement basé sur l'affrontement permanent : propriétaires contre locataires, habitants contre touristes, Etat contre territoires.

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