Aujourd'hui, 17 février, nous commémorons Journée mondiale de la résilience touristiquesoit. Cet anniversaire, institué par l'ONU, nous oblige à une profonde réflexion : dans un environnement d'incertitude climatique et de volatilité économique, la durabilité n'est plus l'objectif final, mais plutôt le point de départ. Le véritable objectif est la résilience.

Qu’entendons-nous aujourd’hui par résilience dans le tourisme ?

La résilience du tourisme n'est pas simplement la capacité de « résister à un choc » ou de revenir mécaniquement à l'état antérieur après une crise (comme les incendies de forêt, les inondations ou les pandémies). Il est défini comme le capacité systémique d’une destination à anticiper, préparer, réagir et surtout évoluer des perturbations. Il ne s’agit pas d’un état statique de rétablissement, mais d’un processus dynamique de rétablissement. adaptation transformatrice.

Il s’agit de transformer la vulnérabilité territoriale en un avantage compétitif grâce à une gouvernance solide et une innovation constante, permettant au système touristique non seulement de survivre à la crise, mais aussi d’en sortir plus fort et plus aligné sur son identité locale.

Au cours de ma carrière reliant la gestion publique, le monde universitaire et le secteur privé, j'ai confirmé que cette capacité est ce qui différencie les destinations qui atteignent la compétitivité à long terme de celles qui restent fragiles. Alors qu'au Chili nous progressons dans le renforcement de nos structures de développement, le « modèle Pattawee » dans la province de Chanthaburi, en Thaïlande, apparaît comme une référence de réussite disruptive en la matière.

Le « modèle Pattawee » : leçons de résilience tirées des pays du Sud

Contrairement aux destinations qui se sont effondrées en raison de leur dépendance au tourisme de masse, cette communauté a consolidé sa stabilité grâce à quatre facteurs critiques de succès :

1. La souveraineté productive comme bouclier économique

Le modèle rompt avec la dépendance traditionnelle à l'égard du tourisme en établissant le principe selon lequel « les agriculteurs d'abord et les hôtes ensuite ». Son noyau stratégique n'est pas la contemplation du paysage, mais plutôt une production agroécologique à haute valeur ajoutée (principalement des fruits biologiques aux normes internationales). Cette structure garantit que le territoire maintient sa viabilité économique et sa sécurité alimentaire même face à une paralysie totale du flux de visiteurs, comme cela s'est produit lors de la récente pandémie. Le tourisme n'étant pas la seule source de revenus, mais plutôt une vitrine commerciale complémentaire, la destination élimine le risque de « monoculture touristique » et protège son tissu social des fluctuations de la demande extérieure.

2. Micro-gouvernance et autogestion financière

Contrairement aux modèles qui s’appuient sur des subventions publiques ou des investissements étrangers, Pattawee fonctionne selon une logique d’« entreprise communautaire ». Le pilier de son autonomie est un fonds d'investissement commun alimenté entièrement par le réinvestissement des bénéfices générés à la fois par l'agriculture et le tourisme. Cette architecture financière leur confère un pouvoir de négociation élevé et une liberté stratégique par rapport à l’État, leur permettant de financer leurs propres technologies et formations agricoles sans répondre aux agendas politiques extérieurs. Il s’agit d’une articulation public-privé à échelle humaine où le contrôle du principal actif – la terre – reste toujours entre les mains de la communauté locale.

3. « Université vivante » et résilience démographique

La destination transcende l'offre de loisirs pour devenir une « Living University » ou centre de transfert de connaissances. Le visiteur n'est pas un sujet passif ; C'est un étudiant qui finance un processus d'apprentissage technique en techniques durables. Cette approche a généré une résilience démographique sans précédent : en liant tradition agricole avec innovation technologique et commerce électronique, les jeunes ne voient plus la nécessité de migrer vers les grandes capitales. Ils trouvent dans leur propre village une véritable opportunité de leadership, en gérant des plateformes numériques et des processus d'optimisation qui relient les savoirs ancestraux au marché mondial.

4. Résilience financière et désintermédiation

La rentabilité du modèle repose sur une stratégie agressive de désintermédiation et d’éducation du consommateur. En éliminant les maillons inutiles de la chaîne de commercialisation, le producteur local réalise jusqu'à 300 % de bénéfices en plus que sur les marchés traditionnels. Cette robustesse de la trésorerie est ce qui permet réellement la résilience : la communauté dispose de réserves financières suffisantes pour absorber les fluctuations des prix internationaux des intrants ou les baisses des dépenses touristiques sans compromettre sa qualité de vie ou son fonctionnement opérationnel. La valeur captée reste sur le territoire, relançant le cycle d'investissement local.

Le modèle Pattawee nous enseigne qu’un territoire résilient est un territoire qui protège son identité et ses actifs productifs comme son plus grand atout stratégique. La transition que nous devons conduire dans nos destinations consiste à renforcer la base productive locale pour que le tourisme soit le moteur qui l'alimente, et non le seul câble qui le soutient.

Face à l'incertitude mondiale, Concevons-nous des destinations pour survivre au marché ou pour prospérer aux côtés de leurs communautés et des systèmes de production locaux ?

Par : Heidi Inostroza Rojas.

Master en Développement Local et Coopération Internationale.

Diplôme d'Ingénieur Outils Numériques du Tourisme et Commercial.

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