Le retrait de IAG du processus de privatisation partielle de ROBINET a une double lecture pour Iberia. D'une part, cela évite un investissement dans lequel le groupe n'aurait pas eu de contrôle effectif. Par contre, ça part échapper à un atout particulièrement pertinent sur le marché ibérique et dans le corridor entre l'Europe et le Brésil.

La raison formelle du départ est claire. IAG considère qu'il est essentiel d'avoir un chemin vers la pleine propriété à l’approche d’une acquisition de ce type. La conception choisie par le Portugal, avec vente partielle mais maintien de 50,1% dans les mains du public, a rendu ce projet impossible. L'entreprise l'a interprété comme une structure incompatible avec sa manière de gérer les intégrations et sa discipline d'allocation du capital.

Entrez TAP, mais ne le contrôlez pas

Du point de vue d'Iberia, cela relève de la logique industrielle. Intégrer TAP sans contrôle difficile de capter pleinement les synergies de réseau, de flotte, d’achats, de maintenance, de programmes de fidélisation et de coordination commerciale. Cela aurait également réduit la capacité à définir l'équilibre entre Lisbonne et Madrid, question particulièrement sensible dans toute opération de ce type.

En même temps, la démission a un coût d’opportunité. TAP dispose d'une position très solide au Brésil et d'un hub à Lisbonne avec son propre poids dans l'Atlantique. Pour Iberia, déjà très compétitif en Amérique latine depuis Madrid, l'ajout de TAP aurait signifié renforcer sa présence dans l'espace ibérique et rendre difficile à un rival européen de gagner de l'ampleur sur ce même marché.

Le départ d'IAG laisse donc le champ libre à Lufthansa et Air France-KLM pour rivaliser. une compagnie aérienne capable de modifier les équilibres concurrentiels du sud de l’Europe. Si l'un de ces groupes parvient à clôturer l'opération dans la phase suivante, Iberia devra cohabiter avec un concurrent renforcé à Lisbonne et potentiellement mieux positionné au Brésil, en Afrique et dans une partie du trafic atlantique.

Une décision prudente, mais avec des risques

En ce sens, la décision d'IAG peut être considérée comme prudente d'un point de vue financier, mais aussi comme une démission stratégique. Cela protège le modèle du groupe, certes, mais cela laisse la porte ouverte à un autre acteur pour renforcer sa position sur l'un des marchés les plus précieux pour le secteur aéronautique européen.

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