Le gouvernement espagnol, par le décret-loi royal 4/2026 du 11 février, qui habilite l'exécutif à intervenir sur les prix dans des situations d'urgence pour éviter des augmentations injustifiées et garantir l'accès aux biens et services essentiels, a décidé d'établir une limitation temporaire d'une semaine des prix des hôtels dans quatorze villes d'Andalousie et d'Estrémadure où des expulsions ont eu lieu à la suite des tempêtes successives qui ont touché notre pays.

La Confédération espagnole de l'hôtellerie et de l'hébergement touristique (CEHAT) a exprimé son inquiétude face à cette décision gouvernementale. Il est vrai que la mesure n'a qu'une portée temporelle et spatiale limitée, et l'objectif est en principe louable, mais, une fois de plus, elle reflète une prise en compte injuste par le gouvernement de l'activité touristique, en l'occurrence de l'hôtellerie. Le seul point positif que l’on puisse en déduire est que le gouvernement reconnaît le secteur de l’hébergement comme un service essentiel. En revanche, il aurait été opportun que le CEHAT inclue dans son communiqué les données sur la non variation des prix hôteliers dans les zones et périodes indiquées, comme semble se déduire des termes de la note publiée.

Nous venons de souligner que la décision gouvernementale, qui a en principe un but positif, reflète une appréciation erronée du secteur touristique espagnol. Comme le souligne le communiqué du CEHAT, le secteur du tourisme, et bien sûr le secteur hôtelier, a montré de multiples signes de solidarité dans des situations de crise sociale. Je peux en témoigner. Lorsque j'étais chef du Secrétariat général du tourisme, j'ai dû faire face à l'une des plus grandes tragédies que la société espagnole ait connue : les attentats du 11 mars. Elles ont eu lieu quelques jours avant la célébration du salon international du tourisme le plus important au monde : l'ITB à Berlin. La présence de l'Espagne à la foire a nécessité un effort de communication visant à atténuer les graves effets potentiels que l'on pouvait raisonnablement craindre que les attentats auraient sur le flux touristique vers l'Espagne.

L'un des principaux arguments avancés lors de la conférence de presse massive organisée à l'ITB, qui a attiré l'attention des médias en raison de la gravité des événements et de l'importance fondamentale de la destination touristique espagnole pour les marchés émetteurs, a été celui du comportement exemplaire des différents secteurs touristiques espagnols qui ont su, une fois de plus, faire preuve d'une solidarité efficace avec tous ceux touchés par les attentats. Compte tenu de l'attente créée, la délégation espagnole, soutenue par l'ambassadeur à Berlin et soutenue par le secrétaire général de l'ancienne Organisation Mondiale du Tourisme (OMT) et par les dirigeants des organisations européennes et allemandes de tour-opérateurs, a signalé, outre les mesures prises pour suivre systématiquement et quotidiennement la situation de la demande dans les marchés émetteurs à travers le réseau d'Offices de Tourisme espagnols en contact permanent avec les tour-opérateurs de chaque marché à travers et, le cas échéant, renforcer le travail de promotion. (ce qui, en bref, n'était pas nécessaire en raison de la réponse favorable des marchés), dans ce qui avait été la réponse du secteur touristique espagnol à la situation créée par les attentats, en soulignant son comportement altruiste et solidaire.

Quelques exemples de ce comportement solidaire : la compagnie aérienne Iberia a proposé de fournir des billets gratuits aux proches des victimes, dont beaucoup étaient des immigrants ibéro-américains ; Les chauffeurs de taxi madrilènes ont transporté gratuitement les membres des familles jusqu'à la morgue installée au siège de l'IFEMA et les hôteliers, à l'initiative d'une chaîne, ont offert un hébergement gratuit aux familles des personnes touchées. Cette réaction du secteur touristique n’est finalement rien d’autre que le reflet fidèle de l’esprit de solidarité de la société espagnole dans son ensemble, manifesté par les files d’attente interminables pour les dons de sang et par la manifestation massive dans les rues de Madrid, présidée par un silence impressionnant et choquant.

Ces informations fournies lors de la conférence de presse de l'ITB ont sans aucun doute contribué à véhiculer une image de l'Espagne et du secteur touristique espagnol, capable d'apporter une réponse calme, efficace et solidaire à l'une des crises qui ont tant affecté la société espagnole et qui aurait pu porter un coup très négatif au tourisme espagnol.

Ignorer cette réponse solidaire du secteur touristique face à l'une des plus grandes tragédies vécues par l'Espagne, une réponse qui s'est répétée dans d'autres circonstances similaires bien que moins dramatiques, comme le souligne la note du CEHAT, qui souligne la responsabilité sociale du secteur et fait appel à la loyauté institutionnelle, reflète une profonde ignorance de la part du gouvernement de la réalité touristique espagnole et de sa contribution non seulement à l'économie nationale, mais, ce qui est plus transcendantal, à la structure de la société espagnole.

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